CAUE92 – 2026

L’APPARTEMENT – ARCHITECTURES DU COLLECTIF : L’exposition met en lumière, dans le département des Hauts-de-Seine, un remarquable gisement architectural de logements collectifs issu de la deuxième moitié du XXème siècle. Sous-estimé, voire ignoré, il est le décor plus ou moins ordinaire de villes où nous avons massivement appris à habiter. Pour le préserver et le transmettre, il faudra pourtant le connaître. Au plus intime des logements, le projet photographique confié à Myr Muratet documente cinq monuments habités de l’architecte Jacques Kalisz à Nanterre, et dépeint avec tact un « ordinaire-extra » où s’exprime la diversité des intérieurs et modes d’habiter. En contrechamp, les réfrigérateurs de la japonaise Tokuko Ushioda condensent, de manière radicale, la vie domestique dans ce qu’elle a de plus commun. Enfin, l’exposition amorce un projet documentaire, graphique et numérique avec l’Atlas du logement collectif dans les Hauts-de-Seine (1945-2000) destiné à ouvrir une collection d’architectures de l’habitat, ressource pour toutes celles et ceux que l’architecture intéresse.

Phagocytant l’exposition pendant 3 jours, et lui faisant écho, les étudiants de première année du Bachelor Art et Image de l’Atelier de Sèvres exposent leurs travaux nés d’un workshop intensif emmené par la photographe Laure Vasconi sur le thème de l’habitat, de l’intérieur et de l’intériorité. La matière traverse ensuite plusieurs enseignements pour aboutir à l’installation qui sera proposée dans la galerie du CAUE92. Performances, happening, frigidaires.

Dans ce projet, je m’intéresse à l’accumulation comme une forme d’intimité, en partant de mon espace de vie d’étudiante. Vivre seule implique une responsabilité silencieuse, rien ne disparaît sans mon intervention. Les objets restent, s’ajoutent les uns aux autres, tandis que les tâches se reportent et s’empilent mentalement autant que physiquement. Peu à peu, le quotidien envahit l’espace, jusqu’à en devenir une matière visible, presque envahissante. J’ai choisi de représenter ces accumulations à travers l’autodérision, non comme un simple ressort humoristique, mais comme un outil critique. Elle me permet d’aborder la charge mentale et la solitude propres aux espaces étudiants. En poussant l’accumulation jusqu’à l’excès, elle agit comme un révélateur : ce qui est habituellement discret, banal ou invisible devient soudain perceptible. Je ne cherche pas à produire un autoportrait classique centré sur le visage ou l’identité psychologique. Mon corps est présent autrement : il cohabite avec ce qu’il produit, utilise et abandonne. L’intime ne se lit pas dans les traits, mais dans les traces laissées, dans l’encombrement, la répétition et la saturation de l’espace. Ce sont les restes, les accumulations et les objets ordinaires qui deviennent porteurs de récit. En exagérant l’accumulation, je donne à voir un chez-moi vécu, imparfait, loin de toute idéalisation. C’est un espace où l’intimité se construit dans ce qui persiste, dans ce qui s’entasse malgré soi, et dans ce que je finis par accepter plutôt que maîtriser.